Glossaire des termes clés
Contrairement à certaines traductions modernes, Haines évite généralement de laisser les termes philosophiques grecs non traduits — « hegemonikon » n’apparaît pas imprimé dans le texte anglais. Il les rend plutôt par un ensemble récurrent d’expressions anglaises, bien qu’il n’utilise pas toujours la même expression pour le même mot grec, de sorte que le vocabulaire technique stoïcien reste présent sous forme traduite. Les décomptes indiqués correspondent au terme grec dans le texte de Marc Aurèle, et non à l’anglais de Haines.
La partie directrice de l’esprit — la faculté qui forme les jugements, accorde ou refuse son assentiment et dirige l’action. Pour les stoïciens, c’est la seule chose qui vous appartienne véritablement : le corps peut être contraint, les circonstances peuvent être terribles, mais la Raison directrice juge librement. La majeure partie des Pensées pour moi-même consiste pour Marc Aurèle à façonner et guider la sienne.
Non pas « l’opinion » au sens moderne et informel, mais le jugement que l’esprit superpose à un événement brut. L’affirmation stoïcienne qui revient sans cesse dans les Pensées pour moi-même — « supprime l’opinion, on m’a fait du tort, et aussitôt disparaît le sentiment d’avoir subi un tort » (IV.7) — soutient que les événements sont en eux-mêmes neutres ; c’est l’opinion que l’on s’en fait qui engendre le trouble.
L’ordre rationnel et providentiel qui, selon les stoïciens, pénètre toutes choses — non pas la « nature » au sens des arbres et du climat, mais le cosmos envisagé comme un organisme unique, rationnel et animé d’une âme. Quand Marc Aurèle dit qu’une chose est « selon la Nature », c’est cette Nature-là qu’il désigne.
La formule éthique fondamentale du stoïcisme : bien vivre, c’est vivre en harmonie avec cet ordre cosmique rationnel, ce qui implique pour l’être humain d’agir conformément à la raison et en coopération avec les autres êtres rationnels. C’est moins une règle isolée que la thèse maîtresse du livre, résumée en trois mots.
L’idée que l’Univers n’est pas le fruit du hasard mais qu’il est rationnellement ordonné et providentiel — position que Marc Aurèle oppose au pur hasard (« les Atomes ») en IV.3, et qu’il pose généralement comme un principe acquis plutôt que de chercher à la démontrer.
Non pas le « génie » au sens de talent, mais l’esprit divin ou gardien intérieur que chacun porte en soi — en pratique, une notion très proche de la personnification de la Raison directrice sous sa forme la plus élevée. Garder ce « génie » pur de toute souillure est l’une des métaphores récurrentes du livre pour désigner la fidélité à son jugement le plus droit.
Les perceptions brutes et les représentations mentales qui parviennent à la conscience avant qu’aucun jugement ne soit porté sur elles. La pratique stoïcienne consiste pour une large part à examiner ces représentations avant de leur donner son assentiment — à saisir l’intervalle entre « il s’est produit ceci » et « c’est un mal », intervalle précis où se logent la plupart des conseils de Marc Aurèle.
De courts principes mémorables, tenus prêts pour un usage immédiat — Marc Aurèle recommande expressément de les garder « courts et élémentaires » (IV.3) précisément afin de pouvoir les convoquer instantanément dans l’épreuve, au lieu de devoir recommencer tout le raisonnement depuis le début.
Le « souffle » ou principe animateur, second élément de la tripartition récurrente chez Marc Aurèle entre le corps, le souffle et l’intelligence (par exemple en XII.3). Plus physique que « l’âme » au sens moderne — les stoïciens le concevaient comme une substance matérielle au sens propre, un courant chaud circulant à travers le corps.
Le cosmopolitisme stoïcien : l’idée que tous les êtres rationnels, humains et divins, sont concitoyens d’une unique communauté rationnelle qui transcende toute cité ou nation particulière. Il n’existe pas de mot grec unique pour désigner cela dans le texte — Marc Aurèle recourt à plusieurs reprises à la même comparaison, affirmant que le kósmos (l’univers) est lui-même une pólis (une cité), plutôt que de forger un terme composé figé. Il énonce l’idée directement en IV.4 (« l’Univers est pour ainsi dire un État »), puis la rappelle vers la toute fin de l’ouvrage (XII.36), où le choix de traduction de Haines — « this World-City » (« cette Cité-Monde ») — est une interprétation personnelle pour le grec plus sobre « cette grande cité », présentant ainsi la vie de Marc Aurèle comme l’exercice d’une citoyenneté au sein de quelque chose de bien plus vaste que Rome.
Ces termes reviennent constamment une fois repérés, particulièrement dans le Livre IV. La page de l’Index des noms cités recense les philosophes qui ont initialement transmis ce vocabulaire à Marc Aurèle ; le Guide des notes de Haines (en anglais) détaille les abréviations érudites utilisées dans ses notes de bas de page.